Evan Stark, chercheur américain, est le premier à avoir abordé le concept du contrôle coercitif en présentant l’histoire de Terry Traficonda une femme tuée par son conjoint en 1989. Pour lui, le contrôle coercitif est une « conduite calculée et malveillante déployée presque exclusivement par les hommes pour dominer une femme, en entremêlant des violences physiques répétées avec trois tactiques toutes aussi importantes : l’intimidation, l’isolement et le contrôle »*1.

Isabelle Côté, Ph. D., professeure en service social à l’Université Laurentienne, définit pour sa part le contrôle coercitif comme étant une série de comportements répétitifs, parfois invisibles ou difficilement détectables, qui PRIVENT, soit par la force ou par des menaces, LA VICTIME DE SA LIBERTÉ.

LES MANIFESTATIONS DU CONTRÔLE COERCITIF

Selon Mme Isabelle Côté, le contrôle coercitif se manifeste sous trois aspects*1 :

  1. Privation de droits (sécurité, liberté et vie) et de ressources financières, sociales, etc.
  2. Surveillance et micro-régulation du quotidien en fonction de règles générales, spécifiques, implicites ou inconnues
  3. Contrôle et manifestations de violence

Exemples de manifestation du contrôle coercitif :

Isoler la victime : L’empêcher d’avoir des amis ou de discuter avec les membres de sa famille sur les médias sociaux, etc.

Humiliation, intimidation, harcèlement : Critiquer tout ce que la femme fait, comme le ménage, les repas, la lessive, etc.

Surveillance constante et ensemble de règles à respecter : Appeler la victime à maintes reprises au cours d’une seule journée. Exiger de savoir où elle se trouve en tout temps, etc.

Menaces implicites ou explicites : Ensemble de règles à respecter sous peine de conséquences, etc.

Violence économique : Rendre la victime dépendante financièrement et l’obliger à quémander de l’argent pour toutes dépenses, etc.

Ces exemples doivent être évalués dans leur contexte en tenant compte de la dynamique de violence vécue au fil du temps par la victime. Le contrôle coercitif peut être complexe à saisir, mais ce concept permet une meilleure compréhension de la violence conjugale vécue par les femmes. Certains éléments, comme le fait de répondre à tous les appels et/ou messages de son conjoint au moment où il les envoie peut ne pas problématique en soi. Par contre, si la femme vit dans la peur constante des conséquences si elle ne répond pas immédiatement à son appel, il peut s’agir de contrôle coercitif et donc de violence conjugale.

Plusieurs femmes hébergées à l’Accueil pour Elle se reconnaissent davantage dans le contrôle coercitif. Elles revoient toutes les petites choses du quotidien qu’elles devaient faire pour « satisfaire » leur conjoint, qui ne l’était jamais vraiment. Pour elles, c’est une reconnaissance de ce qu’elles vivaient et du climat de tension qui s’était installé dans leur couple depuis des années.

Au Canada, le gouvernement reconnaît que le contrôle coercitif fait partie de la dynamique de la violence entre partenaires intimes. Le projet de loi C-247 est actuellement à l’étude pour modifier le Code criminel afin d’ajouter comme infraction criminelle, le fait de se livrer à une conduite contrôlante ou coercitive qui a un effet important sur la personne envers laquelle elle est dirigée, tels : la crainte de violence, le déclin de la santé physique ou mentale ou un effet préjudiciable important sur les activités quotidiennes. L’Angleterre, le pays de Galles et l’Irlande reconnaissent déjà le concept comme une infraction criminelle. L’Écosse a même défini la violence conjugale comme une infraction criminelle qui engloble toutes les formes de comportements violents à l’endroit du partenaire actuel ou d’un ex-partenaire, y compris la violence affective et psychologique.

Actuellement, pour la justice québécoise, pour être reconnue comme victime de violence conjugale, la femme doit prouver avoir subi de la part de son conjoint ou de son ex conjoint des voies de fait, du harcèlement criminel, des menaces de mort, etc. Ces manifestations de violence sont criminelles selon la loi, mais elles rendent invisible la violence vécue qui correspond plus à du contrôle coercitif.

En résumé, il est important de faire un portrait détaillé de tout ce que la femme vit et qui porte atteinte à sa liberté. La femme a besoin d’être validée et de mettre des mots sur ce qu’elle vit et ressent dans sa  relation.  Pour en discuter avec une intervenante, n’hésitez pas à nous contacter au 450-371-4618.

Source :
*1 Gill, Carmen & Aspinall, Mary. Rapport de recherche, Comprendre le contrôle coercitif dans le contexte de la violence entre partenaires intimes au Canada : Comment traiter la question par l’entremise du système de justice pénale ? 20 avril 2020.
*2 Côté, Isabelle & Lapierre, Simon. Intégrer le concept du contrôle coercitif dans les pratiques d’intervention en matière de violence conjugale : Quelles possibilités ?