Suite aux homicides de plusieurs femmes qui ont eu lieu en mars et avril dernier, les événements nous confirment que ce sont toujours en très grande majorité les femmes qui sont victimes de violence conjugale. Elles représentent 78,5 % des cas (Ministère de la Sécurité publique, 2014). C’est sans compter toutes les femmes qui ne dénoncent pas à la police leur violence vécue, sans compter toutes les femmes qui vivent de la violence dont les formes ne sont pas criminalisables (verbale, psychologique, etc.) mais qui ont de graves conséquences…. De plus, toujours selon le ministère de la sécurité publique de 2014, par rapport aux enlèvements et aux homicides, ces femmes représentent 100 % des victimes. Dans des proportions toutes aussi considérables ; 97,8 % sont victimes de séquestration, 97,2 % sont victimes d’agressions sexuelles, 86 % d’harcèlement criminel, 82,5 % de voies de fait graves et 82,4 % d’intimidation.

C’est donc faux de croire les groupes masculinistes qui parlent de violence bi-directionelle ou qui affirment qu’il y a autant d’hommes qui vivent de la violence conjugale. À l’intérieur de nos pratiques, nous rencontrons des femmes qui ont des comportements violents mais il s’agit vraiment d’une minorité de femmes. Pourtant encore trop de femmes arrivent dans nos services en se questionnant à savoir si ce ne sont pas elles qui ont des comportements violents. Ce qui est vraiment dommage, c’est que ces groupes masculinistes influencent l’opinion publique, sans se soucier des conséquences sur les femmes. Parce qu’effectivement, cela a un impact sur les femmes qui vivent de la violence qui vont même parfois ne pas aller vers les services d’aide pour les femmes victimes de violence parce qu’elles se disent « violentes ».

En 1995, le gouvernement du Québec rendait publique la Politique d’intervention en matière de violence conjugale : prévenir, dépister, contrer la violence conjugale définissant ainsi la violence conjugale « La violence conjugale se caractérise par une série d’actes répétitifs, qui se produisent généralement selon une courbe ascendante. Les spécialistes appellent cette progression « l’escalade de la violence ». Elle procède, chez la personne qui commet l’agression, selon un cycle défini par des phases successives marquées par la montée de la tension, l’agression, la déresponsabilisation, la rémission et la réconciliation. À ces phases correspondent, chez la victime, la peur, la colère, le sentiment qu’elle est responsable de la violence et, enfin, l’espoir que la situation va s’améliorer. À noter que toutes les phases ne sont pas toujours présentes et ne se succèdent pas nécessairement dans cet ordre. La violence conjugale comprend les agressions psychologiques, verbales, physiques et sexuelles ainsi que les actes de domination sur le plan économique. Elle ne résulte pas d’une perte de contrôle, mais constitue, au contraire, un moyen choisi pour dominer l’autre personne et affirmer son pouvoir sur elle ».

Cette définition doit faire partie de notre analyse dans notre travail d’évaluation. Servons-nous-en ! C’est beaucoup trop facile et réducteur de procéder à une évaluation qui ne tient pas compte du contexte, de l’intention mais seulement des gestes posés. Les femmes qui ont des comportements violents le font très souvent pour se protéger et non dans le but de dominer l’autre. Il est essentiel de prendre le temps de faire cette évaluation avec cette analyse, autrement, nous risquons de faire vivre la victimisation secondaire à ces femmes, ce qui est très dommageable pour elles. Comme dit la Politique de 1995 « Les agresseurs sont responsables de leurs comportements violents; l’intervention doit viser à leur faire reconnaître leur responsabilité face à leur violence et à l’assumer ».

Marie-Claude Gareau, directrice